Clément en Suède

Deux semaines à Luleå

Trahison ferroviaire

2025-06-13

23h10, à bord du Kassel-Hambourg.

On m’avait prévenu : « Attention, Clément, la Deutsche Bahn est aux Allemands ce que la sécurité sociale est aux Américains : le service a le mérite d’exister, mais il ne faut vraiment pas compter dessus. »

Alors en embarquant pour Karlsruhe à 13h44, j’étais prêt : je savais qu’une fois la frontière passée, je ne pourrais plus me fier à aucun horaire. Les trains seraient en retard, en panne, en flammes.

Mais par un étonnant coup du sort, ce sont les retards des trains allemands qui m’ont sauvé… et la SNCF qui m’a trahi.

Jugez plutôt : à cause d’un « problème d’aiguillage » (causé par la chaleur ?), mon TGV Paris-Karlsruhe est arrivé avec… 1h30 de retard ! Il a commencé par s’arrêter, l’équipage s’est voulu rassurant, mais la pause s’est éternisée, et j’ai vite compris que je pouvais faire mes adieux au Karlsruhe-Hambourg de 16h51.

En arrivant enfin en gare de Karlsruhe, dans la même chaleur étouffante que je croyais avoir abandonnée à Paris, je me suis rué vers le quai d’où part le Karlsruhe-Kassel (où une autre correspondance m’attendait vers Hambourg). J’allais l’avoir à un cheveu, quand soudain :

Toujours compter sur la Deutsche Bahn.

Un quart d’heure confortable de retard sur mon train (terminus Berlin) m’a permis de souffler. « À quelque chose, retard est bon », me suis-je dit (oui, quand je cours après un train, je prends le temps de faire de l’esprit, je ne sue pas à grosses gouttes en ahanant comme un animal (en fait, si, je sue tout à fait)). J’ai eu mon train, et tout était bel et bon.

Mais une angoisse m’a alors étreint : aurais-je le suivant ? Le Karlsruhe-Kassel accusait maintenant près d’une demi-heure de retard, jamais je n’aurais la correspondance Kassel-Hambourg ! Et jamais ensuite je ne pourrais prendre le train de nuit Hambourg-Stockholm, le dernier de la nuit ! J’ai donc commencé déjà à chercher un hôtel hambourgeois quand soudain… l’ICE 2900 était lui aussi en retard, et j’ai donc pu :

  • 1/ Le prendre à Kassel, à 4 minutes près.
  • 2/ M’installer confortablement dans la voiture-restaurant, où j’ai pu déguster une bonne bière et une currywurst végétarienne qui m’a instantanément donné des envies de déménagement.

Nirvana ferroviaire.

Il y a sûrement une morale à cette histoire, mais je suis trop occupé à digérer ce repas victorieux pour la trouver (et ce dans une immense voiture-restaurant vide qui fait passer le wagon-bar du TGV pour une cage à lapins).

Arrivée prévue à 23h30. Prochaine étape : le Hambourg-Stockholm de 23h59. Scandinavie, me voilà ! Enfin… après 13h50 de trajet.

Hej då!