Clément en Suède

Deux semaines à Luleå

Petites différences

2025-06-22

Parfois, il est facile d’oublier qu’on se trouve dans un pays étranger. Par exemple, en Suède comme ailleurs, beaucoup de magasins appartiennent à des chaînes internationales qu’on pourrait tout à fait croiser en France. Et il n’est pas écrit sur le visage des gens qu’ils sont suédois (même si la proportion de blonds paraît anormalement élevée au petit brun que je suis). Alors, si on laisse son esprit vagabonder en sirotant un café en terrasse (par 17°) ou bien en se promenant à vélo, on peut se croire soudain chez soi.

Mais il y a une foule de petites différences qui nous rappellent qu’on est pas chez soi. Des mots rigolos sur les pancartes (cf. ci-dessus), des choses du quotidien qui marchent différemment, des comportements surprenants, et, évidemment, des choses à manger qui donnent envie de déclarer une guerre. Voilà le menu du jour.

Ouvrir la fenêtre ? Quelle idée.

Commençons par la maison. Sur cette photo de ma chambre, on remarque que quelqu’un a disposé une petite peluche sur le rebord de la fenêtre. On le fait aussi en France, mais ce genre de déco est beaucoup plus fréquente (et fournie) en Suède. Pourquoi ? Parce qu’on ouvre beaucoup moins les fenêtres ! En hiver, quand la température passe allègrement en-dessous de zéro, on n’aère pas en ouvrant : on compte sur les ventilations prévues pour. En été, quand des légions de moustiques patrouillent prête à fondre sur le promeneur tête-en-l’air, on ouvre encore moins.

Cette photo présente également un détail trompeur : des rideaux. Ils ne sont là que parce que je suis chez des Français : les logements suédois ont habituellement des rideaux seulement décoratifs, et n’ont certainement pas de volets. En effet, dans une région où il fait nuit presque toute la journée six mois par an, on évite d’empêcher le soleil d’entrer. Et quand il ne se couche presque jamais pendant l’été, eh bien… on fait avec (et on dort avec un masque).

Et tant qu’on parle des huisseries, un autre point surprenant : les portes. Je me suis plusieurs fois la réflexion qu’elles étaient particulièrement lourdes, probablement pour s’opposer au cruel vent du Norrbotten qui souffle été comme hiver. Par ailleurs, elles semblent plus fréquemment s’ouvrir vers l’intérieur des bâtiments, et pour cause : vu les quantités de neige qui tombent dans la région, mieux vaut ça que de se retrouver coincé chez soi !

Photo prise à 22 heures.

Une fois parvenu à l’extérieur de ces maisons, on peut se poser une autre question : pourquoi ce rouge ? Si tous les bâtiments ne présentent pas ce coloris, il est néanmoins typique des paysages nordiques. Historiquement, ce pigment rouge que l’on appelle rouge de Falun (une ville dans le comté de Dalécarlie ou Dalarna en suédois) est un sous-produit des mines de cuivre qui opéraient dans la région. Il permettait d’obtenir une peinture peu chère qui résistait aux climat rigoureux du pays. De nos jours, on trouve d’autres pigments sur le marché, mais la couleur, elle, est restée.

Ici, les voitures ne sont pas une menace. Les ours, en revanche…

Dehors, l’autre chose qui frappe, c’est le respect du code de la route. Pour le Parisien que je suis, habitué à traverser la rue en diagonale et entre les voitures, voir les piétons de Luleå s’arrêter et attendre que le petit bonhomme passe au vert alors qu’il n’y a AUCUN véhicule en vue a quelque chose de choquant. De la même façon, les automobilistes semblent conduire de façon bien plus paisible. Une raison possible à cela : les peines pour manquement au code de la route sont beaucoup plus sévères. Ainsi, le nombre de doses d’alcool autorisées lorsque l’on prend le volant est de préciséement… zéro.

Quelle que soit la raison de ce calme apparent,1 il a quelque chose de très reposant. Les gens ne s’impatientent pas à la caisse, ne vous collent pas sur la route, n’envahissent pas votre espace vital. On se croirait dans un mélange entre la Suisse et le Japon. Corollaire de ce respect général des règles : les infrastructures sont globalement en bon état et bien conçues, qu’il s’agisse des pistes cyclables omniprésentes (cf. ci-dessus, au bord d’une nationale), ou bien des barbecues en libre-service avec du petit bois prédécoupé.

Bien sûr, il ne s’agit pas de dire qu’une société calme est nécessairement un modèle à épouser sans réfléchir. La Suède a un certain nombre de casseroles géopolitiques qu’il ne faut surtout pas oublier (et dont je reparlerai). Mais, le temps de ces vacances, je me sens apaisé.

OK, c’est la guerre.

Là où je me sens beaucoup moins apaisé, c’est lorsque, au détour d’un rayon de supermarché, je tombe sur les horreurs ci-dessus. Ah, ça, on rigole bien quand ils s’approprient de mots français et écrivent betong (béton), urinoar (urinoir), ou encore buljong (bouillon). Mais quand ils s’attaquent au cœur de la culture française, quand ils bafouent ces moisissures que le monde entier nous envie, on ne rigole plus du tout.

Du BRIE en TUBE ? Et pourquoi pas du cheddar ??? (Ils en ont aussi.) La photo ci-dessus ne donne qu’un petit aperçu d’un immense rayon qui présente toutes sortes de variétés de cette hérésie fromagère qu’est le mjukost (ost signifie fromage, et mjukost fromage à tartiner, plus ou moins). KräftOst (fromage au homard), RäkOst (à la crevette), ChorizoOst, ChampinjonOst, BaconOst… il y en a pour tous les (mauvais) goûts. Bien sûr, n’écoutant que mon devoir, j’ai pris sur moi d’en acheter un tube (de la variété la moins répugnante) et d’en faire mon principal repas lors de l’expédition qui m’emmènera demain à Narvik, mais je ne sais pas ce qui cèdera en premier : mon estomac, ou bien mon âme de Français.

Souhaitez-moi bonne chance. Ou, comme on dit ici : Lycka till!

Hej då.


  1. Un calme à relativiser, puisque la Suède a désormais un des plus haut taux de morts par arme à feu en lien avec les guerres des gangs. ↩︎